exhibition; central dupond
Topographie à vol de corbeaux*
A la manière des bestiaires médiévaux, voici une invitation à suivre les dédales d’un monde, où l’homme cohabite avec l’animal et ses représentations.
Cette sélection prête aux animaux des personnalités et des sentiments comparables à ceux des hommes. Ceux-ci peuvent parler et exprimer de la jalousie ou de la violence. Et vice-versa, les habitants de ce monde vont jusqu’à copier leurs manières.
Ce que les animaux ont à nous apprendre, ils ne peuvent eux-mêmes nous le transmettre. Une médiation est nécessaire - celle de l’observation certes, mais aussi celle de l’entendement et de notre capacité d'imagination. Ce que capte le photographe à force de détails sur le terrain.
On y perçoit ce que l’imaginaire de l’homme a pu interpréter comme par exemple « l’oiseau de mauvaise augure », errant loin du rivage de la nuit. Cet oiseau d’ébène a inspiré plus d’un auteur : lorsque le roi, troublé par la représentation, s'enfuit dans le tumulte, Hamlet prononce son nom. Loin de l’agitation d’ailes, et de tout effet théâtral, le photographe ne retient que ce qui se passe en bas de sa porte, si j’ose dire. Lui-même parle de pratique routinière sur l’état du monde et ses rapports de force, sans abandonner son empathie pour les chiens mordants et sans pudeur. Par un ciel tendu, au-dessus de nos têtes, le photographe entend-il cet augural oiseau de jadis lorsqu’il lâche en croassant « Jamais plus » ?
La symbolique du chien est au XIIe siècle fortement ambivalente. D’un côté, il est le fidèle compagnon mais de l’autre, une créature impure, lubrique et ingrate. La panthère n’est pas une créature diabolique dans la période médiévale mais fortement christologique : ennemie mortelle du dragon, elle exhale par la bouche un parfum merveilleux qui a le pouvoir d’attirer vers elle tous les animaux, sauf le dragon qu’elle met en fuite. Quant au chat, vivant la nuit, il est considéré comme négatif, aussi prend-il place dans le bestiaire du diable.
Le cheval, très présent dans les séries du photographe, est suivi de valeurs positives dans les représentations depuis des siècles. Ceux de Yusuf Sevinçli sont épuisés, ruisselants par l’effort, ou puissamment vivants, pris dans une course, peut-être un peu folle mais toujours entrainante, dans son univers plein d’émotions.
Nathalie Gallon, commissaire de l’exposition
Du 6 novembre au 18 décembre 2015